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Les gagnant(e)s sont connus!

Prix de recherche et Early Career Prize CMPR 2022

DOI: https://doi.org/10.4414/phc-f.2022.20132
Date de publication: 06.04.2022
Prim Hosp Care Med Int Gen. 2022;22(4):104-105

Egli Fabian

Responsable communication CMPR

En 2022 également, le Collège de médecine de premier recours (CMPR) a récompensé deux travaux de recherche remarquables dans le domaine de la médecine de premier recours avec le Prix de recherche et le Early Career Prize. Par le biais de ces deux prix, le CMPR souhaite promouvoir de manière ciblée la recherche en médecine de famille et de l’enfance.

Tous les travaux et protocoles de recherche soumis ont été présentés au jury indépendant du Prix de recherche CMPR, qui, sur la base de critères d’évaluation déterminés conjointement, les a étudiés de façon approfondie, en a débattu et a finalement désigné les deux lauréats.

Dans les lignes qui suivent, vous découvrirez qui sont les lauréats, quels sont les titres de leurs travaux et de quoi ils traitent au juste. Nous vous souhaitons une bonne lecture.

Lauréat Prix de recherche CMPR 2022

«Effect of a patient-centred deprescribing procedure in older multimorbid patients in Swiss primary care – A cluster-randomised clinical trial» de Stefan Zechmann, Oliver Senn, Fabio Valeri, Stefan Essig, Christoph Merlo, Thomas Rosemann & Stefan Neuner-Jehle

Abstract

Contexte: Le traitement des patientes et patients avec polypharmacie est un défi dans la pratique clinique quotidienne et les preuves au sujet de l’effet d’une réduction des médicaments ne sont pas homogènes. L’objectif de cette étude était de déterminer si une intervention centrée sur le patient permettait de réduire la polypharmacie chez les patientes et patients âgés multimorbides, sans augmenter le nombre d’évènements pathologiques indésirables ni altérer la qualité de vie.

Méthodes: Dans cette étude clinique randomisée en cluster conduite avec 46 médecins de famille, un suivi de 12 mois a été effectué. Les médecins de famille participants ont été répartis en un groupe interventionnel et un groupe contrôle, puis ils ont respectivement recruté 128 et 206 patients, âgés de ≥60 ans et prenant ≥5 médicaments depuis ≥6 mois. L’intervention elle-même consistait en une formation de 2 heures pour les médecins de famille, au cours de laquelle ils ont été formés à l’utilisation d’un algorithme validé de réduction des médicaments, incluant également une prise de décision commune. Les médecins de famille du groupe contrôle ont reçu une formation générale sur la polypharmacie. Le critère d’évaluation primaire était la différence moyenne au niveau du nombre de médicaments par patient 12 mois après l’intervention. D’autres critères d’évaluation concernaient la sécurité des patients et la qualité de vie.

Résultats: 334 patientes et patients ayant un âge moyen [écart-type] de 76,2 [8,5] ans ont participé. La différence moyenne au niveau du nombre de médicaments entre la valeur de départ et après 12 mois était de 0,379 médicament dans le groupe interventionnel (8,02 et 7,64; p = 0,059) et de 0,374 dans le groupe contrôle (8,05 et 7,68; p = 0,065). La comparaison entre les groupes n’a montré une différence significative qu’immédiatement après l’intervention (p = 0,002). Il n’y avait pas de différence significative en termes de sécurité des patientes et patients ou de qualité de vie.

Conclusion: Notre intervention simple et axée sur le patient visant à réduire la prise de médicaments est efficace immédiatement après l’intervention, mais pas après 6 et 12 mois. Des recherches supplémentaires doivent être menées pour déterminer l’intervalle de répétition optimal afin d’obtenir également un effet durable à moyen et long terme sur la polypharmacie des patientes et patients âgés polymorbides. L’intégration du «shared decision-making» dans la réduction des médicaments est un facteur clé de succès.

Lauréate Early Career Prize CMPR 2022

«Frequent users migrants of the emergency department: Who are they and why do they consult?» de Carmen Cariello, Véronique S. Grazioli, Justin Nikles, Olivier Hugli & Patrick Bodenmann

Abstract

Contexte: Une grande attention a été portée aux hauts consommateurs des urgences (HCSU) au vu de l’important engorgement des urgences durant ces dernières décennies. Cette thématique fait l’objet d’un axe de recherche qui a démarré il y a plus de 10 ans au sein d’Unisanté et de l’hôpital universitaire de Lausanne et qui a été soutenu par 2 financements du Fonds National Suisse. Ce projet est niché dans un d’entre eux. Une caractérisation globale de cette population a été effectuée indiquant que les HCSU présentent et cumulent plus souvent des difficultés d’ordre social (fréquemment sans emploi ou dépendant de l’aide social), psychologique (plus de comorbidités psychiatriques) et ­somatique (plus de maladies chroniques), en comparaison aux non-HCSU. Des données récentes indiquent toutefois que les HCSU représentent un groupe relativement hétérogène et des études sont donc nécessaires pour caractériser les sous-populations de ce groupe afin d’adapter au mieux les prises en charges cliniques. Une sous-catégorisation des HCSU méritant notre attention inclut les patients migrants. En effet, l’Observatoire Suisse de la santé a publié en 2018 un rapport montrant que les habitants de nationalités étrangères utilisaient plus souvent les urgences que les résidents suisses. Confirmant ces faits, une surreprésentation des requérants d’asile parmi les HCSU a été mise en avant lors d’une étude conduite à l’hôpital universitaire de Lausanne entre 2017 et 2019. À notre connaissance, de très rares études se sont intéressées aux HCSU migrants, alors que les recherches montrent différentes barrières qui pourraient expliquer une plus grande utilisation des urgences par cette population, comme le manque de connaissance du système de santé et la barrière de la langue. Le but de cette étude est d’explorer qualitativement l’expérience des migrants et des non-migrants HCSU aux urgences, et plus largement leur expérience avec le système de santé suisse, afin de comprendre leur utilisation et compréhension du système de santé et les difficultés médico-psycho-sociales rencontrées par cette population.

Méthodologie: Cette étude se base sur des entretiens semi-structurés avec des HCSU migrants et non migrants, menés à l’hôpital universitaire de Lausanne, sur une période de 4 mois (décembre 2021 à mars 2022). Les critères d’inclusion primaires sont: être HCSU (≥5 consultations aux urgences durant les 12 derniers mois) et être majeur. Les critères d’inclusion distinguant les 2 groupes sont: 1) patients migrants: être ­requérant d’asile (permis d’établissement N), réfugié (permis d’établissement réfugié F et B), être à l’aide d’urgence ou sans papier et résider en Suisse depuis moins de 5 ans. 2) patients non-migrants: être de nationalité suisse.

Les entretiens seront menés jusqu’à saturation des données. Nous estimons qu’elle sera atteinte après environ 15 entretiens par groupe. L’équipe de recherche traitera les données au travers d’une analyse de contenu conventionnelle inductive. Le codage des données sera conduit à l’aide d’ATLAS.ti (2012).

Résultats attendus: L’étude quantitative descriptive menée par Müller et al. aux urgences de l’Inselspital à Berne s’est intéressée à l’utilisation des urgences par les requérants d’asile et réfugiés, indépendamment de leur statut de HCSU. Les résultats ont mis en évidence une augmentation de 45% du nombre de consultations aux urgences entre 2013 et 2015 par cette population. Considérant ces constats et les difficultés rencontrées par les patients migrants, le développement d’une prise en charge et d’une prévention adaptée aux besoins spécifiques de cette population revête d’une grande importance en santé publique. Le présent travail vise à contribuer à ces efforts en approfondissant notre connaissance de l’expérience, du parcours et des besoins spécifiques de cette population.

Encore une fois, toutes nos félicitations aux deux gagnant(e)s! Nous espérons bien sûr que les recherches se poursuivront avec assiduité cette année encore et que nous pourrons ainsi nous réjouir à la fin de l’année de nombreux projets intéressants pour le Prix de recherche et le Early Career Prize 2023.

Responsabilité rédactionnelle:

François Héritier, CMPR

Adresse de correspondance

Collège de médecine de premier recours CMPR

Rue de l’Hôpital 15

Case postale 592

CH-1701 Fribourg

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