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Résultats d’une enquête

La qualité en pédiatrie ambulatoire

DOI: https://doi.org/10.4414/phc-f.2019.10025
Date de publication: 06.03.2019
Prim Hosp Care Med Int Gen. 2019;19(03):70-72

Martin Hošeka, Dominique Gutb

a directeur suppléant de la Fondation EQUAM; b membre du comité de la SSP SGP

Par rapport à la médecine de l’adulte, le développement et l’application de mesures de qualité en pédiatrie ambulatoire en Suisse a jusqu’à présent été un domaine peu étudié. Qu’est-ce qu’en pensent les pédiatres suisses?

Comme l’a montré une recherche bibliographique en ligne dans Pubmed, dans la base de données Cochrane et sur Google, le développement et l’application des mesures de qualité en pédiatrie ambulatoire en Suisse et dans le monde ne sont que très peu documentés. Seul le «Policy Statement» de l’American Academy of Pediatrics de 2017 est d’actualité et mérite d’être mentionné ici. Il contient des recommandations pour le développement et la mise en œuvre de mesures de qualité en ce qui concerne la pratique et la politique [1].

C’est dans ce contexte que la Fondation EQUAM, qui opère dans toute la Suisse et se consacre depuis 1999 à la promotion de la qualité des soins de santé ambulatoires, s’est tournée vers la Société Suisse de Pédiatrie (SSP SGP) afin de déterminer les besoins et le potentiel en matière de qualité et de développement de la qualité en pédiatrie ambulatoire. La Fondation EQUAM s’est particulièrement intéressée à la disposition relative à une certification de cabinet. Pour sa part, la SSP SGP a voulu analyser l’état de la mise en œuvre des mesures de promotion de la qualité et la nécessité d’un soutien relatif au développement de la qualité parmi ses membres.

Dans le cadre de cette collaboration, une enquête en ligne en allemand et en français a été menée du 28.06 au 29.07.2018 auprès de tous les membres de la SSP SGP pratiquant en ambulatoire dans des cabinets médicaux. Les 1109 personnes figurant dans la base de ­données des membres de la SSP SGP avec les mentions «cabinet» ou «cabinet et hôpital» ont été contactées. L’enquête a été ouverte par 72% des personnes contactées. Au total, 242 personnes ont répondu, ce qui correspond à un taux de réponse respectable pour un tel sondage de près de 22%. Aucune différence pertinente n’a été observée entre les régions linguistiques en ce qui concerne le taux de réponses.

L’évaluation des données a été effectuée au moyen de statistiques descriptives. L’analyse des relations entre les variables a été effectuée à l’aide de la corrélation de Pearson.

Pédiatres pratiquant dans le domaine ambulatoire en Suisse

Les répondants sont à 56% des femmes et à 36% des hommes (8% n’ont pas précisé leur sexe). L’âge moyen est de 48,7 ans, soit presque six ans de moins que l’âge moyen de l’ensemble des médecins pratiquant dans le domaine ambulatoire en Suisse (54,8 ans) [2].

La plupart des pédiatres travaillent dans un cabinet de deux à cinq médecins. Dans l’ensemble, les données sont semblables dans les deux régions linguistiques, à l’exception des cabinets individuels un peu plus fréquemment mentionnés chez les répondants francophones (23% vs 13%) (fig. 1).

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Figure 1: Taille moyenne du cabinet des médecins participant au sondage (en pourcentage).

Qualité – faits et idées

Près du quart des répondants (24%) sont très intéressés par un travail sur la qualité, un peu plus de la moitié (54%) sont plutôt intéressés, ce qui correspond à un total de plus des trois quarts des répondants. Selon les indications des répondants, diverses mesures de promotion de la qualité sont déjà mises en œuvre dans les cabinets.

Les plus fréquentes d’entre elles – sur l’ensemble de la Suisse – sont le travail selon des lignes directrices (79%) et la formation continue du personnel (78%). Viennent ensuite les cercles de qualité pour les médecins (65%), les discussions de cas au sein de l’équipe du cabinet (64%) et l’utilisation de concepts ou de descriptions de processus (52%). Parmi les répondants, 21% ont déclaré que leur cabinet est certifié, que ce soit partiellement (par ex. équipement radiologique ou laboratoire) ou pour l’ensemble du cabinet. La figure 2 présente les données correspondantes ventilées selon les deux régions linguistiques.

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Figure 2: Résultats de l’enquête sur la question: Quelles mesures de promotion de la qualité sont actuellement mises en œuvre dans votre cabinet? (en pourcentage, plusieurs réponses possibles).

Au total, 145 pédiatres ont donné leur opinion quant au soutien supplémentaire qu’ils jugeraient utile en matière d’assurance et de développement de la qualité. La plupart des mentions concernent des aspects techniques; l’ensemble des souhaits suivants ayant été exprimés par une petite minorité de répondants. Par exemple, des lignes directrices (18×) et une formation continue portant sur la qualité et d’autres thèmes (16×) sont demandées, tant pour les médecins que pour les assistants médicaux. L’introduction de listes de contrôle (6×) ou d’un critical incident reporting system (CIRS) (2×), l’échange d’expériences entre collègues ou dans le cadre de cercles de qualité (8×) et un aperçu des exigences minimales (11×) ont également été mentionnés de façon isolée. Le soutien doit être compatible avec le quotidien souvent mouvementé des cabinets, ne doit entraîner ni bureaucratie ni coûts et doit être remboursée par les caisses-maladie. Toutefois, il a également été mentionné tout aussi souvent que ce qui est nécessaire n’est pas clair (11×) ou qu’aucune aide supplémentaire n’est nécessaire (12×).

Près du quart des répondants (23%; 57 personnes) sont favorables à une certification du cabinet dans lequel ils travaillent. Ainsi, 4% sont très intéressés et 19% sont plutôt intéressés. En revanche, près des deux tiers des répondants (63%) ne sont plutôt pas intéressés (31%) ou pas du tout intéressés (32%). Un sondé sur dix n’a pas d’opinion à ce sujet et 3% n’ont pas répondu. L’examen des relations statistiques avec la taille du cabinet et l’âge a montré que l’intérêt augmente avec la taille du cabinet (faible corrélation; r = 0,226) et diminue avec l’âge du répondant (corrélation moyenne; r = –0,3). Soixante-six personnes ont fait des commentaires sur la question de la certification. Ils mettent en lumière les raisons de cet intérêt plutôt modéré. Trente-deux personnes font valoir que le coût pour la certification est trop élevé, et dix-sept estiment que la certification est inutile. D’autres commentaires indiquent que le cabinet est déjà certifié [6], que le répondant est employé et ne peut donc pas décider sur de telles questions [5] et que les effets de la certification sont inconnus [2].

Limites

Malgré le taux de réponse global respectable de 22%, il est naturellement difficile de savoir comment les 78% de pédiatres en cabinet restants perçoivent le travail sur la qualité. À cet égard, on peut supposer que les ­pédiatres qui ont répondu sont plutôt ceux qui accueillent favorablement la question. De plus, les données des membres de la SSP SGP n’ont pas permis de distinguer clairement les pédiatres qui travaillent dans un cabinet de consultation externe de ceux qui travaillent dans une clinique ambulatoire d’un hôpital, ce qui peut avoir entraîné une certaine incertitude dans la sélection de la population interrogée. Une note correspondante a été ajoutée dans la lettre d’accompagnement pour tenter d’y remédier. En outre, il n’a pas été possible de déterminer si la langue de correspondance enregistrée dans la base de données correspondait dans tous les cas à la région dans laquelle la profession était exercée, ce pourquoi l’évaluation s’est fondée sur la langue et non sur des entités géographiques. De plus, il n’a pas été possible de vérifier si tous les sondés avaient une compréhension uniforme des termes clés tels que «travail sur la qualité» ou «cercles de qualité», ce qui a pu conduire à des interprétations différentes parmi les participants.

Discussion

Heureusement, la majorité des cabinets médicaux mettent déjà en œuvre diverses mesures de promotion de la qualité. En ce qui concerne d’autres activités ou exigences à cet égard, les répondants sont plutôt ­prudents et parfois critiques. On peut constater que jusqu’à présent, les pédiatres établis considèrent principalement les lignes directrices, les formations continues et les échanges mutuels comme des mesures de promotion de la qualité et qu’ils les mettent en œuvre. La participation à un cercle de qualité est décrite comme étant déjà mise en œuvre dans environ 60% des cas. Un cercle de qualité structuré est un instrument central pour le réseautage, la formation continue et l’assurance qualité. La SSP SGP peut examiner de quelle manière elle peut contribuer à l’application la plus large possible de cet instrument central en promouvant et contribuant à son établissement ou en fournissant des conseils spécifiques [3, 4]. Outre l’intensification de la formation et de la formation continue des modérateurs, des directives sous forme d’exigences minimales peuvent également s’avérer utiles.

L’avenir du développement de la qualité en pédiatrie ambulatoire

Du point de vue de la SSP SGP, il est gratifiant de constater que les pédiatres qui pratiquent en ambulatoire s’intéressent à la qualité et au travail sur la qualité, et que beaucoup de choses sont déjà mises en œuvre et appliquées en la plupart des lieux dans ce domaine. Dans l’ensemble, on constate que d’autres mesures ne sont souhaitées que si elles ne sont pas associées à des dépenses plus élevées ou si ces dépenses sont remboursées. Une minorité souhaiterait que d’autres lignes directrices et directives pertinentes pour la pratique et que des formations complémentaires et des échanges plus poussés soient mis en place. La SSP SGP peut réfléchir à la manière dont elle peut soutenir les mesures existantes en faveur d’un travail de qualité, par exemple - comme cela a déjà été mentionné- en encourageant les cercles de qualité. La certification des cabinets pédiatriques est déjà possible aujourd’hui avec le certificat EQUAM pour les médecins de premier recours. L’élaboration d’une nouvelle certification ­spécifique EQUAM pour les cabinets pédiatriques ne semble pas être d’une grande urgence à la lumière des résultats de l’enquête. La SSP SGP poursuivra sa coopération avec la Fondation EQUAM et – le cas échéant – la soutiendra dans ses efforts.

Crédits

Image d'en-tête: ID 108254659 © stockcreations | Dreamstime.com

Adresse de correspondance

Dr. phil. Martin Hošek
Stv. Geschäftsführer
Verantwortlicher Forschung und Entwicklung
EQUAM Stiftung
Effingerstrasse 25
CH-3008 Bern
martin.hosek[at]equam.ch

Références

1 Adirim T, Meade K, Mistry K. A New Era in Quality Measurement: The Development and Application of Quality Measures. Pediatrics. 2017.

2 Hostettler Stefanie EK. Statistique médicale de la FMH 2017 – Chiffres actuels. Bulletin des médecins suisses. 2018;99(13–14):408–13.

3 Brühwiler J. Cercles de qualité: élément de base pour le développement de la qualité au cabinet médical. Paediatrica. 2012;23(4):2012.

4 Schmucki B. Dans le cercle de qualité, les discussions ne tournent pas en rond. Prim Hosp Care [Internet]. 2018;18(4):62–3. Disponible sur: www.sgaim.ch/qz.

5 Statistique FMH sur les pédiatres travaillant dans le domaine ambulatoire, http://aerztestatistik.myfmh2.fmh.ch/; téléchargée le 28.09.2018.

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