access_time Publié 15.09.2017

«Le bon enseignant est quelqu’un qui s’engage au développement»

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«Le bon enseignant est quelqu’un qui s’engage au développement»

15.09.2017

Interview du docteur Matteo Monti qui a obtenu le «Teaching Award 2017» lors du congrès d’automne de la SSMIG conjointement avec le docteur David Gachoud pour son activité novatrice d’enseignement et de formation à l’hôpital universitaire de Lausanne.

Vous venez de recevoir un «award» pour votre activité comme enseignant. À votre avis, qu’est-ce qui distingue un bon enseignant?

Selon une fameuse publication de Harden et Crosby (Medical Teacher, vol. 22, n° 4, 2000) si la compétence, la passion et l’enthousiasme dans la matière enseignée sont des conditions sine qua non pour tout enseignement efficace, le bon enseignant est aussi quelqu’un qui réfléchit à son propre enseignement et s’efforce de s’améliorer constamment. En milieu clinique il repère et saisit les situations qui se prêtent à un enseignement (teachable moments) sans ralentir la prise en charge clinique. Dans son travail il est un véritable «role model». Il ne se contente pas de transmettre son savoir («Sage on stage»), mais assume la position du facilitateur de l’apprentissage («Guide at side»). Il tient compte du niveau de formation des apprenants (ceci est particulièrement important en milieu clinique où simultanément sont présents des médecins avancés, des novices et des étudiants de niveau différent). Finalement le bon enseignant est aussi celui qui s’engage au développement et à la mise à disposition de matériel pédagogique. Loin de remplir tous ces critères, j’essaie tout de même de m’en inspirer.

Que pensez-vous que vos étudiantes et étudiants apprécient particulièrement chez vous ou dans votre manière d’enseigner?

Je pense le fait d’être disponible, facilement accessible et de ne pas assumer une posture de «savant». Ils apprécient le climat de formation sans jugement dans lequel même le cadre avoue volontiers ses limites quand il ne sait pas. Certains apprécient peut-être aussi les efforts déployés pour l’organisation de séances de formation de qualité.

Quelle est votre motivation à endosser le double rôle de médecin et d’enseignant?

Pour moi c’est juste du plaisir. J’ai aussi eu la chance de côtoyer pendant ma formation de vrais role models qui m’ont transmis cette passion. Sans oublier le fait que l’enseignement est pour moi la meilleure façon de continuer à apprendre et de me tenir à jour. Être challengé quotidiennement sur mes connaissances me permet plus facilement de repérer me lacunes et de les combler. Mais au-delà de ma motivation personnelle il faut bien avouer que j’ai surtout profité, et je profite toujours, du soutien des chefs du service et des collègues qui m’a permis de me former et qui continuent à soutenir fortement les projets d’amélioration de l’enseignement.

Quels sont les futurs défis de l’enseignement au niveau de la MIG?

Aujourd’hui non seulement la médecine, mais aussi la pédagogie médicale, est une discipline en plein développement. Les attentes de la société par rapport aux compétences qu’un médecin doit posséder pour être considéré comme médecin compétent ont aussi beaucoup évolué ces dernières décennies. Il n’est plus possible d’enseigner des compétences diverses et variées comme le professionnalisme, la collaboration, la communication, la curiosité scientifique, le raisonnement clinique, la gestion d’équipe, etc. en utilisant un répertoire restreint de stratégies pédagogiques.

Aujourd’hui il existe des possibilités qui ont fait preuve d’efficacité comme l’utilisation de patients simulés, d’autres types de simulation, les enseignements en petits groupes, l’enseignement asynchrone (à distance) et les portfolios. Mais pour cela il faut du personnel capable de comprendre et d’utiliser correctement ces outils. Le paradigme actuellement en vigueur pour la formation postgraduée se base sur un modèle qui date du début du XXe siècle et qui considère que la seule exposition, pendant un certain temps, à un contexte clinique et à des superviseurs plus avancés est suffisante pour produire des médecins compétents.

Aujourd’hui nous connaissons bien les limites de ce modèle, qui devrait évoluer vers un programme qui s’assure de l’exposition à et de l’acquisition d’un certain nombre de compétences, d’habiletés et d’attitudes. Cette complexité implique de considérer le fait qu’il devient actuellement impossible de déléguer l’organisation de la formation entièrement à chaque centre de formation. Il faut concentrer les efforts et imaginer de centraliser ou en tout cas mieux coordonner les ressources locales pour répartir les forces tout en améliorant l’offre de formation. Pour ce faire il devient urgent de mettre des ressources et de l’énergie pour adapter profondément le système et la structure de formation aux besoins de la médecine et de la société actuelle. Ensuite il faudra investir dans la formation des formateurs. Les spécialistes en pédagogie médicale peuvent être des ressources dans ce processus de changement.

Un pilier central de la SSMIG est la promotion de la relève. À votre avis, quels sont les meilleurs arguments pour rallier de jeunes futurs médecins à la MIG?

Mon activité d’enseignant clinicien m’a permis d’observer à quel point le «climat» et la qualité de l’enseignement d’un service peuvent influencer les futurs choix de carrière d’un étudiant ou d’un médecin assistant. Ainsi la qualité de la formation des formateurs en termes de compétences scientifiques, pédagogiques, de leadership et de management sont à mon avis la meilleure carte de visite pour notre discipline. Des initiatives comme l’institution du Teaching Award ou celles de certains responsables de formation, qui investissent dans la formation pédagogique de certains collaborateurs, sont des excellents exemples de valorisation de l’enseignement de la MIG et des personnes qui s’y dédient. Il vaut la peine de continuer les efforts pour continuer à repérer et à former des internistes généralistes compétents, crédibles, accessibles et passionnés.

Info: Dr Matteo Monti et Dr David Gachoud

Les deux lauréats s'investissent avec un enthousiasme et un professionnalisme hors norme dans la conception, la coordination et l'amélioration de l'enseignement tant au niveau du service de médecine interne qu'au niveau de la faculté de Biologie et de Médecine. Nous relevons leur investissement à tous les niveaux : enseignement prégradué, postgradué et formation continue. Leurs compétences sont mises à profit dans de nombreux projets non seulement au niveau local mais aussi national.

Qu'il s'agisse d'enseignement en milieu clinique, de cours en auditoire ou en petits groupes, nos deux collègues consacrent chacun plus de 200 heures par an à la formation médicale. Ils assurent également la coordination des stages en milieu clinique pour les étudiants en médecine. Dans le domaine de l'évaluation, ils sont des références locales et nationales pour les « évaluations en milieu de travail (Mini-CEX/DOPS) »; ils ont coaché et soutenu plusieurs services d'hôpitaux romands dans l'implantation de ce type d'évaluation.

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