access_time Publié 22.06.2022

Nouveaux rôles des professions non médicales dans les soins de base en Suisse

Manuela Eicher
Philip Larkin
Andrea Serena
Marie-Laure Vetterli
Cédric Mabire
Isabelle Lehn
Marie-José Roulin
Laurence Robatto
Laurence Bouche
Isabelle Peytremann-Bridevaux
Susana Garcia
Marie Da Roxa
Mario Desmedt
Teresa Gyuriga

Leserbriefe

Nouveaux rôles des professions non médicales dans les soins de base en Suisse

22.06.2022

Courrier des lecteurs sur "Nouveaux rôles des professions non médicales dans les soins de base en Suisse" du 06.04.2022.

Nous avons lu avec beaucoup d’intérêt l’article « Nouveaux rôles des professions non médicales dans les soins de base en Suisse » par Zumstein-Shaha et al., publié dans la revue PRIMARY HOSPITAL CARE - MÉDECINE INTERNE GÉNÉRALE 2022;22(4):106–109. Les auteur∙e∙s signalent le besoin de clarifier les rôles respectifs des coordinateurs∙trices en médecine ambulatoire (CMA), des infirmiers∙ières spécialistes cliniques (ISC) ainsi que des advanced practice nurses (APN). Dans le paysage sanitaire actuel, il devient en effet important de clarifier les rôles des professions dans les soins communautaires. Bien que nous partagions la nécessité de clarifier ces rôles et dénominations, nous souhaiterions soulever quatre points, qui selon nous, permettraient une meilleure compréhension du lecteur et éviteraient de l’induire en erreur dans sa compréhension et son interprétation des dénominations et rôles ciblés par l’article. Nous nous permettons ainsi de vous présenter ci-dessous notre point de vue et les précisions qui nous semblent nécessaires.

Tout d’abord, nous regrettons les traductions françaises inexactes des professions ciblées par les auteurs, dont par exemple celle correspondant à « klinische/-r Fachspezialist/-in (KFS) ». La traduction utilisée, « infirmières/infirmiers spécialistes cliniques (ISC) », ne correspond en effet pas à la définition établie en Suisse Romande, telle qu’utilisée dans les Cantons de Genève et Valais par exemple pour des infirmières de pratique avancée. A noter que les ISC travaillent aux HUG sous la responsabilité d’une infirmière avec une formation universitaire de troisième cycle (cf. tableau 2 de l’article), tout en collaborant étroitement avec toutes les professions, et ne sont pas sous la responsabilité des médecins.

Outre la traduction des professions ciblées, l’expression « soins de base » nous semble plutôt référer, dans un jargon usuel, aux soins d’entretien de vie quotidienne. En conséquence, l’utilisation du terme « soins de premier recours » nous semble une meilleure traduction du terme « Grundversorgung ».

Ensuite, nous avons été surpris par la non-considération, dans la revue de littérature, des publications rédigées en français. Si l’on désire dresser un état des lieux de l’ensemble de la Suisse, il est impératif d’inclure les articles publiés dans les trois principales langues nationales (allemand, français et italien). Sans ces derniers, tout un pan de la littérature concernée est omis, ce qui est particulièrement gênant quand les publications éligibles font surtout partie de la littérature grise, c’est-à-dire celle n’apparaissant pas dans les revues à comité de lecture.

Notre troisième point concerne le positionnement des infirmiers∙ières de pratique avancée, dénommé∙e∙s « Advanced Practice Nurses (APN) » dans l’article. Tandis que les auteur∙e∙s soulignent correctement que le concept d’APN regroupe deux rôles différents, celui de Clinical Nurse Specialist (CNS) et de Nurse Practitioner (NP), ces deux rôles sont regroupés sous le terme d’APN, sans distinction, dans la suite de l’article. La littérature scientifique ainsi que les lignes directrices internationales distinguent clairement ces deux rôles1. Cette différence se reflète d’ailleurs en termes de formation, avec l’existence de deux programmes suisses distincts. En Suisse romande, conformément aux recommandations internationales (DiCenso & Bryant-Lukosius, 2010), l’UNIL en collaboration avec la HES-SO offre deux programmes de Master différents, pour permettre aux étudiant∙e∙s de développer les compétences spécifiques pour devenir Clinical Nurse Specialist ou Nurse Practitioner.

Afin d’éviter toute confusion au sujet de ces dénominations et rôles, il nous semblerait approprié de les clarifier en présentant leurs définitions et en les distinguant. Il nous semble par ailleurs important de préciser l’étendue de pratique des Advanced Practice Nurses, telle que disponible dans la littérature internationale (Chavez, Dwyer, & Ramelet, 2018; Delamaire & Lafortune, 2010; Grant, Lines, Darbyshire, & Parry, 2017; Hamric, Spross, & Hanson, 2009; Morin & Eicher, 2012; Pearson & Peels, 2002).

Finalement, nous aimerons souligner que même si des consensus existent au sujet des définitions et étendues de pratique, les cadres légaux n’existent pas forcément pour autant. En Suisse, à ce jour, seul le canton de Vaud a défini un cadre légal pour la pratique des Nurse Practitioner (infirmière/infirmier praticien∙ne spécialisé∙e, IPS) sur son sol.

Ainsi, le tableau 2 de l’article de Shaha et al. mérite d’être étoffé. En effet, l’article 124b de la loi sur la santé publique (LSP) du Canton Vaud, dédié aux IPS indique que :

« L'IPS est une personne dont la formation, de niveau master, lui permet d'assumer, dans son champ de compétence et de manière autonome, les responsabilités médicales suivantes:

  1. Prescrire et interpréter des test diagnostiques
  2. Effectuer des actes médicaux
  3. Prescrire des médicaments et en assurer le suivi et les ajustements. »

De ce fait, dans le développement actuel du rôle IPS en Suisse, le changement de paradigme le plus important pour le système de santé est que l’IPS peut effectuer de manière autonome des actes médicaux qui ont été jusqu’à présent limités au corps médical. Nous souhaitons donc proposer deux corrections importantes. D’abord, en page 108, on peut lire « prescrire certains médicaments », or les IPS n’ont pas de limitation dans la prescription de médicaments. Ensuite, en page 109, le tableau 2 indique : « prescription de thérapie médicamenteuse en accord avec les médecins et après délégation dans le canton Vaud ». Dans le Canton de Vaud, les IPS ne travaillent pas sous délégation d’un médecin, mais en autonomie (cf. art. 124b de la LSP du Canton de Vaud). Ils/elles n’ont ainsi pas besoin de l’accord des médecins pour leurs prescriptions. Les IPS collaborent étroitement avec des médecins partenaires et peuvent leur demander conseil si les soins requis dépassent leurs compétences, ou lorsque les résultats escomptés du traitement ou de la cible thérapeutique ne sont pas atteints. Cette collaboration est définie par une convention IPS-médecin∙s partenaire∙s.

Nos remarques se veulent bien évidemment constructives et visent à améliorer la compréhension des lecteurs de cette étude. Il nous semble que ces précisions pourraient initier des initiatives nationales qui permettraient de définir les rôles et responsabilités de toutes les professions impliquées dans des modèles de soins communautaires dans le futur. Idéalement des initiatives conjointes impliquant des clinicien∙ne∙s, gestionnaires, hautes écoles spécialisées, universités et des associations comme APN-CH et Swiss ANP seraient lancées dans ce sens. Nous y participerions avec plaisir et engagement.

Références:


Chavez, K. S., Dwyer, A. A., & Ramelet, A. S. (2018). International practice settings, interventions and outcomes of nurse practitioners in geriatric care: A scoping review. Int J Nurs Stud, 78, 61-75. doi:10.1016/j.ijnurstu.2017.09.010
Delamaire, M., & Lafortune, G. (2010). Nurses in Advanced Roles: A Description and Evaluation of Experiences in 12 Developed Countries. OECD Publishing, No. 54. Retrieved from dx.doi.org/10.1787/5kmbrcfms5g7-en
DiCenso, & Bryant-Lukosius, D. (2010). Clinical nurse specialists and nurse practitioners in Canada a decision support synthesis. Retrieved from www.cfhi-fcass.ca/Libraries/Commissioned_Research_Reports/Dicenso_EN_Final.sflb.ashx
Grant, J., Lines, L., Darbyshire, P., & Parry, Y. (2017). How do nurse practitioners work in primary health care settings? A scoping review. Int J Nurs Stud, 75, 51-57. doi:10.1016/j.ijnurstu.2017.06.011
Hamric, A. B., Spross, J. A., & Hanson, C. M. (Eds.). (2009). Advanced Practice Nursing. An Integrative Approach (4th ed.). Saint-Louis: Saunders.
Morin, D., & Eicher, M. (2012). La pratique infirmière avancée. Rev. Med. Suisse Revue Medicale Suisse, 8(352), 1680-1681.
Pearson, A., & Peels, S. (2002). The nurse practitioner. International Journal of Nursing Practice, 8(4), S5-9. doi:10.1046/j.1440-172x.2002.00372.x

Manuela Eicher

Institut universitaire de formation et de recherche en soins (IUFRS), Faculté de Biologie et de Médecine, Université de Lausanne (UNIL) - Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV)

Philip Larkin

Institut universitaire de formation et de recherche en soins (IUFRS), Faculté de Biologie et de Médecine, Université de Lausanne (UNIL) - Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV)

Andrea Serena

Institut universitaire de formation et de recherche en soins (IUFRS), Faculté de Biologie et de Médecine, Université de Lausanne (UNIL) - Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV)

Marie-Laure Vetterli

Institut universitaire de formation et de recherche en soins (IUFRS), Faculté de Biologie et de Médecine, Université de Lausanne (UNIL) - Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV)

Cédric Mabire

Institut universitaire de formation et de recherche en soins (IUFRS), Faculté de Biologie et de Médecine, Université de Lausanne (UNIL) - Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV)

Isabelle Lehn

Direction des soins, Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV)

Marie-José Roulin

Direction des soins, Hôpitaux universitaires de Genève (HUG)

Laurence Robatto

Responsable Domaine Santé, Haute Ecole Spécialisée Suisse Occidentale (HES-SO)

Laurence Bouche

Directrice des soins, Centre universitaire de médecine générale et santé publique (Unisanté) Lausanne

Isabelle Peytremann-Bridevaux

Systèmes et services de santé, Centre universitaire de médecine générale et santé publique (Unisanté) Lausanne

Susana Garcia

Directrice générale, Association vaudoise d’aide et de soins à domicile (AVASAD)

Marie Da Roxa

Directrice générale, Institution genevoise de maintien à domicile (imad)

Mario Desmedt

Président, Swiss Nurse Leaders

Teresa Gyuriga

Infirmière cantonale, Direction générale de la santé, Canton de Vaud

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