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Madame Eva Zimmermann présente son point de vue de psychologue, psychothérapeute et spécialiste en psychotraumatologie sur la prise en charge des troubles post-traumatiques. Interrogée sur ce que le généraliste doit retenir de sa présentation, elle nous rend attentive aux symptômes sub-cliniques: après avoir vécu un événement à forte charge émotionnelle, environ ¼ des patients n’ont pas de symptômes et ¼ présente des symptômes légers, ¼ présente des symptômes assez importants, mais ne remplissant pas les critères du TSPT. Néanmoins, ces derniers 24 présentent des souffrances cliniquement importantes, comme le ¼ présentant un trouble de stress post-traumatique (TSPT) proprement dit. Elle nous engage à chercher activement le traumatisme par des questions du type: «avez-vous vécu quelque chose de particulier? – même il y a un ou deux ans?» et si c’est le cas de revenir sur les symptômes vécus à ce moment. Elle nous demande de ne pas nous précipiter sur les symptômes pour les traiter de manière ponctuelle et isolée, par un somnifère ou un anti-émétique par exemple. Il est important d’identifier le traumatisme à la base avant la prise en charge médicale. Après l’identification de la cause, on demande au patient s’il a besoin de davantage et de chercher l’aide spécialisée. Si le patient semble dire que l’entretien avec le généraliste lui suffit il convient de le revoir et de s’assurer de ce qui va mieux et d’identifier les symptômes qui éventuellement persistent. Les spécialistes à recommander sont des psychotraumatologues pratiquant la TCC ou l’EMDR. On peut en obtenir une liste auprès de l’institut romand de psychotraumatologie www.irpt.ch.

Daniel Widmer

Rédacteur Primary and Hospital Care

Que peut faire un professionnel pour aider la personne touchée par un événement hors du commun?

Les troubles post-traumatiques et leur prise en charge

DOI: https://doi.org/10.4414/phc-f.2018.01777
Date de publication: 12.09.2018
Prim Hosp Care Med Int Gen. 2018;18(17):304-307

Eva Zimmermann

Psychologue spécialiste en psychothérapie FSP; co-directrice de l’institut romand de psychotraumatologie irpt

Cet article essaye a répondre à deux questions: quels sont les troubles de stress post-traumatiques et que peut faire un professionnel pour aider la personne touchée par un événement hors du commun.

Introduction

Le terme «trauma» désigne la réaction d’une personne à un événement à forte charge émotionnelle, et non l’événement causant ces réactions. Selon la CIM-10 (OMS 1993) un traumatisme est «un événement particulièrement stressant entraînant une réaction aiguë à un facteur de stress ou un changement particulièrement marquant dans la vie du sujet, comportant des conséquences désagréables et durables et conduisant à un trouble de l’adaptation» [1].

Toute personne exposée à un événement potentiellement traumatisant peut présenter une réaction psychologique pouvant marquer durablement cet individu. Le regroupement de toutes ces réactions possibles constitue la réaction de stress aigu. Bien souvent, cette réaction se résorbe graduellement dans la mesure où l’individu reconnaît, accepte et intègre ses propres émotions. Mais puisque l’intensité de l’événement, de même que la réponse individuelle à celui-ci peuvent varier grandement, l’impact d’un événement sur l’équilibre psychologique ainsi que sur le développement de symptômes montre une large palette de réactions. Si ces réactions durent, elle peuvent alors constituer un syndrome de stress post-traumatique (SSPT) ou un trouble de stress post-traumatique (TSPT).

Selon Holbrook et al. [2], les femmes ont un risque plus élevé de développer un TSPT que les hommes. La présence d’un TSPT est corrélée à une réduction de la qualité de vie, indépendamment du sexe de la personne. L’intervention de personnes formées à la prise en charge de ces troubles peut alors devenir nécessaire.

Définition actuelle du TSPT

Depuis 1980, il est officiellement reconnu que quiconque est exposé à un agent stressant d’intensité exceptionnelle peut développer un trouble de stress post-traumatique aigu, différé ou chronique, avec les quatre signes caractéristiques du trouble:

1. intrusions d’images, d’idées, cauchemars etc.;

2. évitement des déclencheurs;

3. altération des cognitions et des émotions;

4. activation neurovégétative [3].

Pour être précis il est important de noter que le traumatisme ou l’état de stress post-traumatique représentent donc une réaction d’un individu à des événements exceptionnels et non l’événement en tant que tel.

Par agent stressant exceptionnel ou événement à forte charge émotionnelle, on entend un événement où la personne se sent exposée à la mort, à des blessures graves, avec une menace de l’intégrité physique ou sexuelle. La personne peut également être impliquée directement (victime directe) ou être témoin (victime indirecte) d’un événement à forte charge émotionnelle, ou également «apprendre» un événement arrivé à un de ses proches. Comme événements entrant dans ces catégories, citons:

les catastrophes naturelles (inondations, tornades, tremblement de terre, etc.), les catastrophes causées ­accidentellement (graves accidents de voiture, d’avion, incendies, etc.) et les catastrophes causées délibérément (agressions, prises d’otages, guerre, torture etc.). Le fait que l’événement soit causé par un être humain ou par la nature, entre en ligne de compte pour la sévérité du trouble, comme le fait qu’il s’agisse d’un événement isolé ou d’événements répétitifs. Généralement le trouble est plus important s’il s’agit d’un événement causé par un être-humain et s’il se répète. Dans ces cas-là, on diagnostiquerait plutôt un trouble de stress post-traumatique complexe ou encore un trouble ­dissociatif, diagnostics ne faisant pas l’objet de cet article.

Les quatre signes caractéristiques du trouble post-traumatique

1) Des intrusions répétées, donc l’impression de revivre le traumatisme. Des pensées, rêves et cauchemars ou «flash-backs» récurrents s’imposent d’eux-mêmes et provoquent de la détresse importante et des réactions physiologiques (anxiété, dépression, attaques de panique etc.) [4].

2) Des efforts délibérés pour éviter les stimulis liés à l’événement ou de penser à l’événement traumatique, ou encore pour éviter certains lieux ou certaines situations pouvant éveiller des souvenirs douloureux. Il peut y avoir parfois un blocage mental lorsque la personne essaie de se rappeler l’événement, ce qui représente un évitement psychique. Des amnésies totales ou partielles font également partie d’un évitement inconscient du matériel traumatique.

3) L’altération négative des cognitions et des émotions commence à se montrer peu après l’événement traumatique. Un sentiment d’être anesthésié ou encore détaché des autres peut apparaître. Il peut y avoir une diminution dans la capacité de porter attention aux autres ou encore à ressentir des émotions telles que la tristesse, l’empathie pour autrui, le désir sexuel, etc. Des changements au niveau cognitif représentés par des croyances négatives exagérées ou distordues (p.ex. «la vie est trop dure», «la vie n’en vaut pas la peine», «les gens sont méchants» etc.) ou encore des distorsions cognitives quant aux causes (p.ex. «c’est de ma faute», «j’aurai dû faire quelque chose», «je suis nul» etc.) peuvent apparaitre et persister.

4) Une hyperagitation ou hyperactivité pouvant se ­traduire par des difficultés à trouver le sommeil, un état de perpétuel «qui vive» ou d’hypervigilance, une plus grande nervosité et des réactions de ­sursaut exagérées ou encore une augmentation des comportements à risque. Bien des personnes éprouvent de la difficulté à se concentrer et se sentent «les nerfs à fleur de peau». Une plus grande irritabilité et agressivité sont souvent observées en parallèle. Ce facteur aura comme conséquences ­fréquentes également des troubles du sommeil, des troubles alimentaires et facilement des abus de substances comme la nicotine, la caféine, l’alcool, mais également l’utilisation de drogues ou de médicaments. Ceci est par contre à qualifier comme une tentative d’autoguérison plutôt qu’une dépendance, même si le résultat semble assez similaire.

Rappelons que toutes ces réactions sont normales et naturelles si elles apparaissent rapidement dans les ­semaines qui suivent l’événement. Elles devraient par contre disparaître dans les trois mois maximum après l’événement, sans quoi on peut donc diagnostiquer un trouble de stress post-traumatique.

Un ou plusieurs de ces symptômes peuvent se déclarer immédiatement ou plusieurs mois après l’événement avec une sévérité très variable. Certaines personnes ­seront totalement dépourvues de symptômes, tandis que d’autres seront largement dérangées par une palette large de symptômes.

Presque toujours, le vécu émotionnel durant l’événement éveille un sentiment intense de peur et de désarroi ou d’impuissance, même si des situations mineurs sont également à même de produire un TSPT, sans sentiment de peur ou de désarroi.

Les symptômes apparus rapidement après l’événement sont donc considérés comme «état de stress aigu» (ESA) devant disparaitre au plus tard dans les trois mois suivants. Si les symptômes persistent au-delà de ces trois mois, on parle d’un «trouble de stress post-traumatique» (TSPT), considéré comme pathologique et nécessitant alors une prise en charge psychothérapeutique. L’apparition des symptômes peut également commencer des mois seulement après l’événement voire des années (dans des cas isolés). On parlera alors d’un trouble de stress post-traumatique différé, ce qui rend par contre le diagnostic plus difficile, car les sujets ne font souvent plus aucun lien avec l’événement lors de l’apparition de symptômes. Un diagnostic erroné ne ­tenant compte que des symptômes (p.ex. d’un état ­dépressif) en est souvent la conséquence.

Facteurs de risque pour le développement d’un TSPT

Le tableau 1 montre les facteurs à risque pour le développement du trouble selon Brewin [5]. Selon ce chercheur, le facteur de risque le plus important est le manque de support social. Ainsi, disposer d’un bon support social est à considérer comme un facteur protecteur contre le développement du trouble.

Tableau 1: Facteurs de risque pour le développement d’un TSPT [5].
Manque de support social.40
Stress dans la vie.32
Intensité de l’événement traumatique.23
Expériences adverses dans l’enfance.19
Intelligence.18
Abus dans l’enfance.14
Statut socio-économique.14
Histoire psychiatrique familiale.13
Sexe (femmes).13
Trauma antécédents.12
Histoire psychiatrique.11
Éducation.10
Âge.06
Race (statut de minorité).05

Un de vos proches est victime d’un ­événement à forte charge émotionnelle? Que faire alors?

Après un traumatisme, toutes les réactions les plus contradictoires sont possibles. Le message le plus important à donner à cette personne est qu’elles sont toutes normales et naturelles. C’est la situation vécue, l’événement qui est anormal. Être bienveillant et ­chaleureux est la bonne attitude face à la personne ­touchée, comme de l’encourager à parler, même sans comprendre toutes ses réactions: cela l’apaisera. Croyez-la même si le récit paraît décousu ou invraisemblable. Ce n’est pas votre rôle d’investiguer ou de valider le vécu de la personne, maintenez simplement une bonne écoute, sans jugement. Amenez la personne à reconnaître et à accepter ses réactions. Il faudra sans doute quelque temps pour que les effets du traumatisme s’estompent. La personne traumatisée n’oubliera jamais. Efforcez-vous de réduire les autres soucis ­pouvant l’affecter. Encouragez-la à planifier des ­activités de détente et de ressourcement. Notez tout ­comportement inhabituel et amenez la personne à consulter un professionnel si la fréquence et l’intensité de ses réactions ne s’estompent pas après quelques ­semaines.

Que faire si vous êtes vous-même victime d’un événement potentiellement traumatisant?

Reconnaître et accepter les diverses réactions même si elles sont douloureuses constitue probablement la meilleure attitude à adopter si l’on veut tourner la page rapidement après un événement potentiellement traumatisant. Encore une fois: ces réactions sont normales, c’est la situation vécue qui était anormale. A cette fin, ne restez pas seul par la suite. Au besoin, allez passer régulièrement du temps, quelques heures ou quelques jours si nécessaire, chez un proche. Assurez-vous de la compagnie d’un proche qui saura vous écouter. Si vous êtes nombreux à avoir vécu l’événement, il est recommandé d’en discuter avec les autres personnes sans pour autant forcer qui que ce soit à se prononcer. Être seulement présent et écouter les autres fait partie de ce que l’on encouragera chez soi-même ou chez autrui. Ce procédé peut, par exemple, prendre la forme d’une rencontre en groupe.

Planifiez aussi des activités visant à vous détendre (bains chauds, activité physique, relaxation, etc.) et vous permettant également de vous distraire (sorties, loisirs, etc.). Ne consommez pas trop de boissons alcoolisées ou de drogues après le traumatisme. Si vous constatez qu’après quelques jours il n’y a pas de diminution notable des symptômes, il est préférable de consulter un professionnel tel que votre médecin généraliste, ou de faire appel à un spécialiste (psychiatre ou psychothérapeute spécialisé en psychotraumatologie).

Les choses à éviter

Le point le plus important est de ne pas minimiser la ­situation, tout en n’exagérant pas non plus. Ne dites pas «il faut oublier», «ce n’est rien» ou encore «fais comme si rien ne s’était passé», car c’est quelque chose d’impossible pour une personne touchée. En tant que proche, ne banalisez pas leur expérience, vous risqueriez de les faire se sentir incompris. Ne faites pas de comparaisons avec des situations analogues, car ce qu’ont vécu les victimes est unique à leurs yeux. Ne faites pas de reproches, n’insistez pas sur les pertes ­matérielles ou les changements considérables dans le quotidien. Les individus bien informés sur les réactions qu’ils pourraient montrer suite à un traumatisme et sur les mesures préliminaires à prendre retrouvent leur équilibre plus rapidement que les autres. Par contre il est important également de ne pas parler que de l’événement et de ce qui est arrivé, mais de retourner par moments à la «vie normale». Pour ce faire, un équilibre est nécessaire entre parler, être à l’écoute, mais aussi voir autre chose et se distraire. Finalement, si vous sentez le besoin de consulter un professionnel, rappelez-vous que les gens traités de façon précoce récupèrent beaucoup mieux et plus rapidement que ceux traités tardivement quand les symptômes se sont chronifiés.

Résumé

Depuis 38 ans, les troubles liés à des événements à forte charge émotionnelle sont reconnues officiellement par le DSM-IV (Differential Statistical Manual) [6], et ensuite par le DSM-5 [3], la référence mondiale des troubles mentaux. Dans la population ainsi que parmi les professionnels de la santé psychique et somatique, la prise de conscience n’a pas cessée d’augmenter qu’une personne après avoir été exposée à un événement exceptionnel peut développer des troubles qui nécessitent une prise en charge par des professionnels.

Selon l’APA (American Psychiatric Association), un trouble de stress post-traumatique est «un état morbide survenu au cours d’un événement exceptionnellement violent, capable de provoquer de la détresse pour quiconque». La perception d’une menace pour la vie prédit un trouble de stress post-traumatique [7].

Crédits

Image d'en-tête: © Graphixchon | Dreamstime.com

Adresse de correspondance

Eva Zimmermann
Psychologue spécialiste en psychothérapie FSP
Co-directrice de l’institut romand de psychotraumatologie irpt
Route-Neuve 7A
CH-1700 Fribourg
eva[at]irpt.ch

Références

1 OMS Genève: CIM-10/ICD-10. Classification Internationale des Maladies. Dixième révision. Chapitre V (F): Troubles Mentaux et Troubles du Comportement. Descriptions Cliniques et Directives pour le Diagnostic. Page 130. Masson Paris, Milan, Barcelone, Bonn 1993.

2 Holbrook TL, Hoyt DB, Stein MB, Sieber WJ. Gender differences in long-term posttraumatic stress disorder outcomes after major trauma: women are at higher risk of adverse outcomes than men. J Trauma. 2002;53(5):882–8.

3 DSM-V: Differential Statistical Manual, APA, 2013.

4 Schnyder U, Cloitre M. Eds. (2015). Evidence Based Treatments for Trauma-Related Psychological Disorders. Heidelberg, New York, Dordrecht, London.

5 Brewin CR, Andrews B, Valentine JD. Meta-analysis of risk factors for posttraumatic stress disorder in trauma-exposed adults. J Consult Clin Psychol. 2000;68(5):748–66.

6 DSM-IV: Differential Statistical Manual, APA, 1980.

7 Holbrook TL, Hoyt DB, Stein MB, Sieber WJ. Received threat to life predicts posttraumatic stress disorder after major trauma: risk factors and functional outcome. J Trauma. 2001;51(2):287–92; discussion 292–3.

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